Collaborations · 9 janvier 2026 · 2 min de lecture
La Bugatti Veyron qui portait une adresse parisienne
Genève, mars 2008 : Bugatti et Hermès présentent la Veyron Fbg par Hermès, calandre à H entrelacés, taurillon et valise cousue main, à 1,55 million d’euros HT.

Trois lettres : « Fbg ». L’abréviation que les Parisiens lisent sur les plaques de rue désigne ici le faubourg Saint-Honoré, où Hermès tient sa maison historique. En la plaçant dans le nom de sa voiture, Bugatti annonçait la couleur : la Veyron Fbg par Hermès, présentée au 78e Salon de Genève du 6 au 16 mars 2008, se réclame d’une adresse autant que d’une marque.
Le contraste a de quoi amuser. D’un côté, la voiture de série la plus rapide de son époque : un seize cylindres en W de 8 litres, quatre turbos, 1 001 chevaux, 407 km/h en pointe et un 0 à 100 km/h en 2,5 secondes. De l’autre, une maison née en 1837 pour fabriquer des harnais et des selles. Le dessin de l’ensemble revient à Gabriele Pezzini, qui a travaillé pour Hermès sur le projet.
La calandre, d’abord
C’est par l’avant qu’on la reconnaît. Le fer à cheval de Bugatti reçoit une grille en alliage léger faite de H entrelacés, la signature Hermès. Les mêmes H garnissent les ouïes latérales. Les jantes à huit branches en aluminium poli rendent hommage à la Type 35 de 1924, et leurs écrous centraux portent un H. Autour des roues, les entrées d’air reprennent l’aspect du point sellier, cette couture en double aiguille qui fait la réputation des sacs de la maison. La carrosserie se partage en deux tons, ébène et étoupe ou ébène et brique.
Le taurillon, ensuite
À bord, les ateliers parisiens d’Hermès ont gainé l’essentiel des surfaces en taurillon, un cuir de jeune taureau réputé pour sa résistance, et les sièges sont bicolores. Les poignées de portes empruntent leurs courbes aux poignées des sacs de voyage de la maison. Dans la boîte à gants attend un portefeuille en cuir et toile H ; dans le petit coffre avant, tapissé de cuir, une valise en toile H et cuir, faite à la main dans les ateliers Hermès, occupe exactement la place disponible. Sur une voiture qui emporte à peine un bagage, le détail tient de l’élégance autant que de la nécessité.
Prix annoncé : 1,55 million d’euros hors taxes, pour des livraisons à partir de la fin 2008. Quelques mois après Genève, Bugatti élargit la palette de teintes proposées, preuve que les clients ne voulaient pas tous le même ébène.
Ce qui frappe, avec le recul, c’est la modestie du geste. Hermès ne touche pas au moteur et laisse la silhouette de la Veyron intacte. La maison intervient là où la main se pose : une poignée, un siège, une couture, une valise. C’est précisément ce que ses clients paient chez elle depuis près de deux siècles.
« Sur la Veyron Fbg, le plus beau chiffre reste l’adresse : 24, faubourg Saint-Honoré. »
Iliess El Azouzi
Photo : Lebubu93 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

