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Châssis Couture

Mode · 18 juillet 2026 · 2 min de lecture

Le nom grec d’un atelier napolitain

En 1968, à Arzano, Ciro Paone baptise sa maison d’après le chiton, la tunique des Grecs. Un nom savant pour un métier qui ne s’apprend qu’à la main.

Chiton. Le mot désigne la tunique de cérémonie des Grecs anciens, celle que l’on portait, rappelle la maison, pour prier les dieux de l’Olympe. En 1968, Ciro Paone en tire le nom de son entreprise : Kiton. Pour une affaire de vestes et de costumes installée en banlieue de Naples, le choix a de quoi faire sourire. Il annonce pourtant un programme. Paone veut rattacher la coupe napolitaine à une très vieille idée du vêtement, celle d’un objet cousu avec le soin qu’on réserve aux choses sacrées.

Cinquante pièces par jour

Les débuts n’ont rien de mythologique. Dans un petit atelier d’Arzano, commune de la périphérie nord de Naples, Paone produit une cinquantaine de vêtements par jour. Le chiffre surprendra ceux qui imaginent un tailleur solitaire penché sur une seule veste. Kiton ne s’est jamais présentée comme une boutique de maître unique. Son pari consiste à faire à la main, en atelier et à plusieurs, ce que l’industrie de l’époque confie de plus en plus aux machines.

La main pose alors un problème que toutes les maisons napolitaines connaissent : elle ne se remplace pas, et elle vieillit. En 2000, Kiton ouvre sa propre école de haute tailleurie pour former de nouvelles générations d’artisans. L’initiative dit l’inquiétude d’un métier entier, celle de voir des gestes disparaître avec ceux qui les maîtrisent.

Une épaule qui suit le bras

Ce que ces apprentis reçoivent, c’est d’abord une silhouette. La veste napolitaine allège l’épaule, réduit le rembourrage et monte volontiers la manche à la manière d’une chemise, la spalla camicia, avec de petites fronces le long de la couture. Le vêtement accompagne le bras au lieu de le tenir. Face à la carrure plus construite des tailleurs londoniens, Naples défend une élégance qui bouge et Kiton a bâti sa maison sur ce principe.

La maison appartient toujours à la famille. Maria Giovanna Paone, fille du fondateur, y dirige la ligne féminine, tandis qu’Antonio De Matteis tient la direction générale.

Reste une contradiction savoureuse. L’homme qui a fondé une école pour transmettre la main napolitaine a laissé une phrase, reprise par sa maison, qui jure qu’on ne transmet pas l’essentiel. Les élèves d’Arzano apprendront sans doute à monter une manche. Pour le reste, à en croire le fondateur, il leur faudra du flair.

« La beauté est comme l’élégance : elle ne s’explique pas, ne s’enseigne pas, ne s’imite pas. Il faut la ressentir. »

Ciro Paone

Photo : Shanmeichen / Wikimedia Commons, CC BY 4.0

Sources (2)
  1. kiton.com
  2. en.wikipedia.org

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