Mode · 1 juillet 2026 · 2 min de lecture
Zegna et la course au micron
Depuis 1963, Zegna récompense des éleveurs de mérinos australiens. Record à battre : une toison de 9,8 microns. Retour à Trivero, où tout a commencé en 1910.

9,8 microns. C’est la finesse de la toison que la Fondation Zegna présente comme la plus fine du monde, record établi dans le cadre des trophées que la maison décerne chaque année. Le chiffre est absurde à l’échelle d’un regard et décisif à l’échelle d’un tissu : plus la fibre est fine, plus l’étoffe gagne en souplesse et en légèreté. Chez Zegna, la mode commence donc par un concours agricole.
Le trophée va aux éleveurs
En 1963, la maison crée en Tasmanie son premier trophée de laine, pour pousser les éleveurs à améliorer leurs troupeaux. La sculpture originale, un bélier pris dans un réseau de fils d’or signé Stephen Walker, est conservée au Tasmanian Wool Centre de Ross. En 2002 s’ajoute le Vellus Aureum, « toison d’or » en latin, réservé aux laines de moins de 13,9 microns. L’objet est dessiné par l’artiste suisse Not Vital, puis réinterprété en 2013 par l’Américaine Kiki Smith. Les lauréats sont des éleveurs : en 2016, David et Susan Rowbottom reçoivent le Vellus Aureum. On confond parfois ces prix avec le Trofeo, drap de laine peignée en mérinos australien que la maison vend sous ce nom. Les trophées, eux, récompensent ce qui se passe avant l’usine.
Trivero, 1910
L’obsession remonte au fondateur. En 1910, à Trivero, dans les Préalpes de Biella, Ermenegildo Zegna crée avec ses deux frères et un associé une filature de draps fins. À partir de 1929, il fait planter plus de 500 000 conifères sur les pentes qui entourent le bourg, puis lance en 1938 la construction d’une route panoramique vers la vallée du Cervo. Il faudra attendre 1993 pour que ce territoire d’une centaine de kilomètres carrés devienne officiellement l’Oasi Zegna, un parc naturel en accès libre.
On y lit la même idée que dans les trophées de Tasmanie : soigner l’amont. Un industriel de la laine qui reboise une montagne et un concours qui prime un éleveur à l’autre bout du monde relèvent du même raisonnement. La qualité se joue avant la coupe, avant le métier à tisser, parfois avant la tonte.
Du mouton au costume
La Fondation Zegna parle de cinq cents mains pour transformer la laine en costume, entre l’Australie et l’Italie. La maison a même acquis sa propre exploitation de mérinos, Achill, pour suivre la production au plus près. Le client, lui, ne voit que le dernier maillon : une veste légère au tomber souple. Zegna a choisi de tenir aussi le premier.
« Chez Zegna, le premier essayage a lieu dans un enclos à moutons. »
Bastien Cauvin
Photo : Federicoamato73 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0


