Automobile × Haute coutureInstagram ↗
Châssis Couture

Design · 26 septembre 2026 · 2 min de lecture

Habiller un châssis, déshabiller un châssis

Chez Figoni et Falaschi, une ligne s’essayait comme une robe, plusieurs fois. Retour sur l’époque où les carrossiers parisiens se disaient couturiers.

Salon de l’automobile de Paris, octobre 1937. Sur le stand, un coupé Talbot-Lago dont les ailes enveloppent les roues et dont le pavillon file vers l’arrière comme une goutte qui tombe. Les Parisiens l’appellent aussitôt la « goutte d’eau », l’anglais en fera le teardrop. Il sort de l’atelier de Figoni et Falaschi, à Boulogne, et il n’en sera construit que seize exemplaires, en deux séries, jusqu’en 1939.

Joseph Figoni est né en 1894 dans la province de Plaisance et arrivé enfant à Paris. Il a appris le métier chez un charron, puis ouvert un atelier de réparation de carrosseries au lendemain de la Grande Guerre. En 1935, il s’associe à Ovidio Falaschi, un homme d’affaires italien. Des années plus tard, Falaschi résumera leur méthode d’une phrase que les maisons de ventes citent encore dans leurs catalogues : ils étaient, dit-il, « de vrais couturiers de la carrosserie automobile », qui habillaient et déshabillaient un châssis « une, deux, trois fois et même davantage » avant de trouver la ligne définitive.

Une robe pour la voiture

Le mot se prenait au pied de la lettre. La firme présentait ses voitures dans les salons et les concours d’élégance aux côtés de mannequins dont la tenue et les accessoires reprenaient le style et la couleur de la carrosserie. La voiture et la robe défilaient ensemble, sur la même pelouse, jugées par le même public.

Figoni n’était pas seul sur ce terrain. À Neuilly-sur-Seine, Iakov Saoutchik, arrivé de l’Empire russe avec une formation d’ébéniste, avait ouvert sa maison dès 1906. Sa publicité le présentait comme « le carrossier en vogue » et vantait des voitures adoptées par les femmes élégantes et sportives du monde entier. Le vocabulaire est celui d’une maison de couture, jusque dans la clientèle visée.

La toile et le métal

Reste le geste, et c’est là que la comparaison tient le mieux. Le tailleur travaille un tissu plat pour qu’il épouse une épaule ; le tôlier travaille une feuille d’aluminium plate pour qu’elle épouse une aile. Dans les ateliers de carrosserie, l’outil de ce travail s’appelle la roue anglaise : une grande structure en C, deux molettes, aucun moteur. On fait passer et repasser la tôle entre elles, on l’étire peu à peu jusqu’à obtenir une double courbure. Le résultat dépend entièrement de la main qui guide la feuille.

L’organisme britannique Heritage Crafts estime aujourd’hui qu’entre 21 et 50 entreprises du Royaume-Uni disposent encore d’un atelier de carrosserie complet capable de ce travail. Autant d’ateliers où une aile se reprend encore à la main, essayage après essayage, comme une manche.

« Nous étions de vrais couturiers de la carrosserie automobile. »

Ovidio Falaschi

Photo : Thesupermat / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Sources (4)
  1. cars.bonhams.com
  2. rmsothebys.com
  3. hagerty.co.uk
  4. heritagecrafts.org.uk

Continuer la lecture