Design · 12 septembre 2026 · 2 min de lecture
Trois kilomètres de fil dans une Bentley
350 pièces de cuir, 141 artisans, un volant cousu en trois heures et demie : les chiffres de la Flying Spur racontent ce que cache son habitacle.

Quand Bentley a dévoilé sa nouvelle Flying Spur, en 2019, la marque de Crewe a publié une série de chiffres qu’on lit d’ordinaire dans une fiche de maroquinier plus que dans un dossier de presse automobile. Plus de trois kilomètres de fil dans l’habitacle, 350 pièces de cuir cousues par 141 artisans, et douze heures de travail manuel pour assembler un seul siège.
Le conducteur n’en verra rien, et c’est tout l’intérêt de l’exercice.
Des taureaux du Nord
Tout commence loin de l’usine. Bentley se fournit en peaux de taureaux d’Europe du Nord, issues de la filière viande. Le climat compte : dans les zones tempérées, les parasites sont moins nombreux, et une peau épargnée par les piqûres arrive à l’atelier sans marque naturelle à contourner.
Chez Rolls-Royce, à Goodwood, chaque peau passe ensuite sous une lumière intense, examinée à la main et à l’œil. Les défauts sont cerclés à la craie, puis un logiciel calcule la découpe au laser en contournant les zones marquées. Avant la couture, chaque pièce est parée, c’est-à-dire amincie sur ses bords : de 1,5 mm environ à 0,6 mm, pour que la couture reste plate et nette sous la main.
Le volant, pièce de maître
Revenons à la Flying Spur. Son volant demande trois heures et demie de couture à un seul artisan : cinq mètres de fil passés dans 352 trous pour former 168 points croisés. On peut le tenir tous les jours pendant dix ans sans jamais compter ces points ; il suffirait qu’un seul soit de travers pour qu’on ne voie plus que lui. C’est la règle de ce métier : sa réussite se mesure à ce qu’on ne remarque pas.
Sur les appuie-tête, les ailes brodées de la marque comptent 5 103 points. Là, pour une fois, le travail se montre. Mais c’est l’exception, celle qu’on accorde au client pour qu’il sache où il est assis. Le reste, les 350 pièces, les kilomètres de fil, les douze heures par siège, disparaît dans l’impression d’ensemble : un intérieur qui paraît simple et qui sent bon.
On juge un sellier au cheval qui rentre sans blessure. On devrait juger un garnisseur au conducteur qui, après six heures d’autoroute, descend sans avoir pensé une seconde à son siège.
« Un volant réussi, c’est 168 points croisés que personne ne comptera jamais. »
Bastien Cauvin
Photo : Intérieur cuir d’une Ferrari F355. Thomas's Pics / Wikimedia Commons, CC BY 2.0


