Mode · 18 juin 2026 · 2 min de lecture
La cicatrice des mocassins de Warhol
En 1962, Olga Berluti réalise pour Andy Warhol un mocassin dans un cuir balafré par les barbelés. La patine viendra vingt ans plus tard, de la même main.

Sur l’un des deux souliers court une large balafre. Le cuir vient de bovins rustiques qui se frottent aux barbelés, et la cicatrice est restée dans la peau. Andy Warhol, rapporte le quotidien The National, trouvait que ce défaut donnait du mordant à la paire. Nous sommes en 1962. Le mocassin qu’Olga Berluti vient de réaliser pour lui deviendra l’Andy, le modèle le plus célèbre de la maison, longtemps réservé à une clientèle de commande.
Avant Olga, Alessandro
Berluti est alors une affaire déjà ancienne. En 1895, Alessandro Berluti, artisan italien venu des Marches et installé à Paris, dessine un soulier à lacets taillé dans une seule pièce de cuir, sans couture apparente. Il lui donne son prénom. L’Alessandro fonde la maison, que LVMH rachètera en 1993.
On attribue parfois au fondateur la célèbre patine Berluti. C’est une erreur de génération. La patine est l’œuvre d’Olga, qui entre dans l’histoire de la maison par ce mocassin de 1962 et la dirigera ensuite.
La couleur sur un soulier d’homme
Dans les années 1980, Olga Berluti met au point le cuir coloré à la main qu’on appelle aujourd’hui la patine Berluti. À une époque où le soulier masculin se décline en noir ou en marron, elle ose le rouge, le bleu, le vert. Elle invente aussi le cuir Venezia, fin et souple, obtenu par un tannage particulier qui donne au soulier sa flexibilité et laisse la couleur prendre de la transparence. Le travail se fait en couches d’huiles et de teintures végétales. The National compte 250 opérations pour une paire finie à la main et compare la profondeur du résultat à celle d’une laque japonaise.
Autour de ces patines circulent de nombreuses légendes, qu’on se gardera de répéter ici faute de preuve. Les faits suffisent : une femme, dans un métier qui ne comptait guère de bottières, a fait entrer la couleur dans un vestiaire qui n’en voulait pas.
La maison vend aujourd’hui aussi des baskets et des vestes. Sa signature tient pourtant encore à deux intuitions d’Olga : une teinte que personne n’osait sur un mocassin, et un défaut qu’on a choisi de garder.
« Chez Berluti, la plus belle paire a commencé par une cicatrice. »
Bastien Cauvin
Photo : Mirco Braccini / Wikimedia Commons, CC BY 3.0

