Collaborations · 18 mai 2026 · 3 min de lecture
Murciélago LP640 Versace : la supercar livrée avec sa garde-robe
Paris, 2006 : la Murciélago LP640 Versace arrive avec bagages numérotés, gants et chaussures de conduite. Une dizaine d’exemplaires, et la grecque partout.

Au Mondial de l’Automobile de Paris, le 28 septembre 2006, Lamborghini ne se contente pas de tirer un drap. La Murciélago LP640 Versace est présentée entre deux mannequins habillés de la dernière collection de la maison milanaise, comme si le stand de Sant’Agata avait été loué pour un défilé. La version noire, elle, fait ses débuts pendant la Fashion Week de Milan. Le message est clair dès le premier jour : cette voiture appartient autant au calendrier de la mode qu’à celui des salons.
Blanc Isis, noir Aldebaran
La mécanique ne bouge pas, et c’est tant mieux : le V12 de 6,5 litres et ses 640 chevaux, ceux qui donnent son nom à la LP640, suffisent largement. Tout le reste passe par le programme de personnalisation Ad Personam, travaillé avec les stylistes de Versace. Deux teintes seulement, le blanc Isis et le noir Aldebaran, sur des jantes noires propres à cette série.
Dans l’habitacle, la grecque, motif fétiche de la maison, court sur les sièges, les contre-portes, le pavillon, la console centrale et le bas de la planche de bord. Le cuir nappa pleine fleur joue le contraste noir et blanc, et une plaque au nom de Gianni Versace est fixée sur la console. On pouvait même commander la grecque sur les seuils de portes, pour ceux qui craignaient de ne pas être compris en descendant.
Le vestiaire
Le vrai sujet se trouve dans les bagages, ce qui ne manque pas de sel pour une voiture qui n’a presque pas de coffre. Chaque voiture est livrée avec un jeu de bagages taillé pour elle : deux valises et une housse à costume en veau noir mat, frappées de la grecque, doublées de satin blanc brodé. Sur une plaque en laiton finition palladium figurent le numéro de série de la voiture et le nom de son propriétaire. Suivent des chaussures de conduite en veau, des gants en cuir et, en option, un chronographe Versace en céramique noire ou blanche.
On achète donc une silhouette complète. Lamborghini vend l’engin, Versace la tenue pour le conduire et la valise pour partir avec. C’est la partie la plus honnête du projet : elle admet que ce genre de voiture se porte, et qu’on la choisit un peu comme on choisit une veste de soirée, en pensant à l’effet produit en entrant quelque part.
Combien exactement ?
Le chiffre reste flou, ce qui ajoute au mythe. La voiture exposée à Paris portait le numéro 01/10, et les sites spécialisés Lambocars et Supercars.net parlent d’une série de dix. D’autres décomptes évoquent une vingtaine d’unités, coupés et roadsters confondus, dont seulement huit réellement mises en vente. Dans les deux cas, on croise plus souvent une toile de maître qu’une LP640 Versace sur la route.
Vingt ans plus tard, la plupart des éditions « mode » ont vieilli plus vite que leurs moteurs. Celle-ci garde un avantage : elle a été pensée comme un tout, jusqu’au nom du propriétaire gravé sur ses bagages.
« En 2006, chez Lamborghini, la garde-robe était livrée avec la clé. »
Iliess El Azouzi
Photo : Lennart Coopmans / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 be


