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Mode · 29 mai 2026 · 2 min de lecture

Ce que coûte un pull en vicuña

Neuf mille dollars en boutique, 280 pour la fibre au village de Lucanas : en 2024, Bloomberg a fait les comptes de la vicuña de Loro Piana.

Neuf mille dollars. C’est le prix d’un pull en vicuña Loro Piana à New York, Milan ou Londres, selon l’enquête publiée par Bloomberg Businessweek en mars 2024. Pour une quantité de fibre équivalente, la communauté andine de Lucanas, au Pérou, dont Loro Piana est l’unique client, touche environ 280 dollars. L’écart a fait du bruit jusqu’au Congrès américain, et la maison a répondu point par point. L’affaire vaut d’être reprise dans l’ordre, parce qu’elle dit ce qu’on achète vraiment avec une étiquette Loro Piana.

Une fibre sous contrat

L’entreprise naît en 1924 à Quarona, dans le Piémont, fondée par l’ingénieur Pietro Loro Piana. Elle tisse d’abord des étoffes fines, puis bâtit sa réputation sur des fibres rares : cachemire de Chine du Nord et de Mongolie, mérinos extrafin d’Australie et de Nouvelle-Zélande, fibre de lotus de Birmanie. Et la vicuña. En 1994, à la tête d’un consortium, Loro Piana signe avec l’État péruvien et les communautés andines un accord qui lui réserve l’achat, la transformation et la distribution d’une fibre tondue sur des animaux vivants, selon les règles de la CITES. Chassée pour sa toison au XXe siècle, l’espèce était tombée à quelques milliers d’individus.

La récolte suit un rite ancien, le chaccu : les villageois rabattent les vicuñas sauvages sur des kilomètres de plateau, à près de 4 000 mètres, les tondent, puis les relâchent. Une même bête n’est tondue qu’une année sur deux. Son duvet mesure entre 11 et 13,5 microns, plus fin que celui d’un cachemire courant.

Deux comptabilités

Loro Piana conteste l’enquête. Dans sa réponse du 25 mars 2024, la maison indique que Lucanas ne représente que 4 % de ses achats au Pérou, que la communauté perçoit en moyenne plusieurs centaines de milliers de dollars par an, que la fibre brute se paie entre 300 et 400 dollars le kilo et que près de 20 millions de dollars ont été investis auprès des fournisseurs péruviens en dix ans. Elle promet aussi de mieux contrôler, sur place, la répartition des paiements.

Les deux récits peuvent être exacts en même temps. Le prix d’un pull couvre la filature en Italie, la rareté, les boutiques des grandes capitales, et la fibre n’en est qu’une petite ligne. Mais une maison qui a fait de la traçabilité son argument, en remontant chaque fibre jusqu’à l’animal, s’expose à ce qu’on remonte aussi l’argent. Loro Piana a gagné sa réputation au toucher. Bloomberg lui a rappelé qu’elle se joue désormais sur les comptes.

« Quand on vend la traçabilité, il faut accepter qu’elle remonte jusqu’à la paie. »

Bastien Cauvin

Photo : Vigognes au lac Chungará, Chili. Luca Galuzzi / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.5

Sources (4)
  1. bloomberg.com
  2. ww.fashionnetwork.com
  3. lvmh.com
  4. en.wikipedia.org

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