Automobile · 12 avril 2026 · 2 min de lecture
L’autoclave que Lamborghini n’a pas voulu
Chez Lamborghini, Horacio Pagani réclame un autoclave. On lui répond que Ferrari n’en a pas. Il l’achète à crédit, et sa marque naît de ce refus.

Un autoclave ressemble à une grosse citerne couchée. On y enferme des pièces de carbone imprégnées de résine, on monte la pression et la température, et elles en ressortent rigides et légères. Au milieu des années 1980, chez Lamborghini, un jeune ingénieur argentin en réclame un. La direction refuse, avec un argument qui a dû sembler imparable à Sant’Agata : Ferrari n’en a pas, donc Lamborghini n’en a pas besoin.
L’ingénieur s’appelle Horacio Pagani. Né en 1955 à Casilda, dans la province de Santa Fe, fils d’un boulanger d’origine italienne, il a étudié le design industriel à l’université de La Plata et construit en Argentine, à la fin des années 1970, une monoplace de course qui lui a demandé plus de 5 000 heures de travail. Il arrive à Lamborghini en 1983. Il y travaille sur les matériaux composites et pilote la Countach Evoluzione, un prototype qui fait une large place au carbone, à une époque où l’industrie le regarde encore comme une curiosité d’aéronautique.
Un crédit et une idée fixe
Faute d’autoclave maison, Pagani emprunte et achète le sien en 1987. En 1991, il quitte Lamborghini et fonde Modena Design, un bureau d’études spécialisé dans les composites, qui travaille pour d’autres constructeurs. Pagani Automobili suit en 1992, à San Cesario sul Panaro, près de Modène. Les commandes des autres font vivre l’atelier pendant qu’il dessine sa propre voiture.
Elle prend sept ans. Elle devait s’appeler Fangio F1, en hommage au quintuple champion du monde argentin qui avait soutenu le projet. Fangio meurt en 1995, et Pagani choisit un autre nom venu de son pays : la Zonda, du vent chaud qui descend des Andes. La Zonda C12 est présentée au Salon de Genève en 1999.
On a beaucoup écrit sur le côté artiste de Pagani, sur ses carnets de croquis et son goût pour la Renaissance. L’épisode de l’autoclave raconte autre chose, de moins romantique et de plus rare : un ingénieur qui a compris avant ses patrons qu’un matériau allait changer la voiture de sport, et qui a préféré s’endetter plutôt que d’attendre qu’ils s’en aperçoivent. Toute la suite, des carrosseries en carbone apparent aux intérieurs d’orfèvre, découle de cette machine achetée à crédit.
Lamborghini, depuis, a fait du carbone un argument de vente. Elle a mis plus de temps que son ancien ingénieur à s’en convaincre.
« La première Pagani est sortie d’un four que Lamborghini avait refusé de payer. »
Théo Dezwarte
Photo : Andrew Basterfield / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0


