Automobile · 19 février 2026 · 2 min de lecture
La 911 doit son nom à une lettre de Peugeot
Présentée en 1963 sous le nom de 901, la Porsche a perdu son zéro l’année suivante sur une plainte de Peugeot. Sa ligne de toit, elle, n’a jamais bougé.

À l’automne 1964, les brochures sont imprimées et la voiture roule déjà. Dévoilée au salon de Francfort en septembre 1963 pour succéder à la 356, la nouvelle Porsche s’appelle 901. Sa production a démarré à Zuffenhausen quand elle traverse le Rhin pour le Salon de Paris, en octobre 1964. Peugeot la repère aussitôt. Le constructeur de Sochaux s’est réservé les numéros à trois chiffres dont le zéro occupe le milieu, et il le fait savoir.
Stuttgart ne plaide pas. On double le 1, et la 901 devient 911. Quatre-vingt-deux voitures avaient eu le temps de sortir d’usine sous l’ancien nom.
Une ligne tracée une fois
La silhouette, elle, reste. Ferdinand Alexander Porsche, le petit-fils du fondateur, a dessiné un coupé dont le toit descend d’un seul trait jusqu’à la poupe, deux phares ronds posés au sommet des ailes, et un six-cylindres à plat logé derrière l’essieu arrière, à l’endroit précis que les manuels de dynamique déconseillent.
Les ingénieurs ont passé soixante ans à corriger ce choix au lieu de l’abandonner. Le refroidissement par eau est arrivé à la fin des années 1990, la transmission intégrale et le turbo bien avant, l’électronique partout. Les voies se sont élargies, l’empattement a grandi, et d’une génération à l’autre à peu près toutes les pièces ont changé. La ligne de toit est restée. C’est à elle qu’on reconnaît une 911 au bout d’une rue, même quand on serait incapable de dire laquelle.
Ferry Porsche, le père du designer, en résumait l’ambition avec un sens certain de la réclame : selon lui, c’était la seule voiture qu’on pouvait conduire d’un safari africain au Mans, puis au théâtre et dans les rues de New York. La phrase a mieux vieilli que la plupart des slogans de l’époque, sans doute parce que la voiture n’a jamais cherché à la démentir.
Un million, lentement
En 2017, la millionième 911 est sortie des chaînes de Zuffenhausen. Il lui aura fallu cinquante-quatre ans pour atteindre ce chiffre, sans renoncer au dessin qui l’a rendu possible.
Dans toute cette histoire, un seul élément a changé sous la contrainte, et c’est le plus petit : un chiffre au milieu d’un nom. Qu’on le doive à un concurrent français ajoute une ironie que les collectionneurs des quatre-vingt-deux 901 savourent sans doute plus que les autres.
« La plus célèbre des Porsche doit son nom à une lettre de Peugeot. »
Théo Dezwarte
Photo : © Porsche AG, Porsche Newsroom


